La libération de Bar-le-Duc, 70è anniversaire

durée : 21' - 2015 - en vente à 12 €  
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La libération de Bar-le-Duc est survenue sans combat mais non sans drames. Espérée depuis longtemps, attendue patiemment depuis le débarquement du 6 juin, elle finit par se concrétiser le 31 août au terme d’une semaine particulièrement dramatique. Tout commence le 25 août, jour de la libération de Paris. Les différents organismes allemands installés à Bar-le-Duc se préparent à quitter la ville. Les résistants locaux, fort mal armés, sont décidés à rester dans une prudente réserve tout en étant vigilants et prêts à agir.

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25 août : évasions à la prison française

Une première occasion se présente à eux le 25 août lorsque trois hommes inconnus, sans doute des résistants, contraignent les gardiens de la prison française, place Saint-Pierre, à libérer un détenu. Des résistants barisiens, emprisonnés là eux aussi sur ordre des autorités allemandes, en profitent pour s’enfuir et trouver un refuge sûr hors de la ville. Face à ce premier coup d’éclat, le chef de l’administration militaire allemande à Bar-le-Duc réagit sans excès, sans doute parce qu’il estime que ces évadés (parmi lesquels Victor Althuser) sont peu dangereux. Les deux jours qui suivent sont à peu près calmes. Le dimanche 27, chacun peut entendre distinctement le son du canon. Les alertes aériennes sont fréquentes. Des convois allemands venant de Paris traversent en grand nombre la ville pour prendre la direction de l’Est. L’atmosphère est lourde.

28 août : 5 jeunes gens abattus à la Fédération

À Bar, plusieurs services de l’armée d’occupation se préparent au départ. Le premier est la Gestapo, la police des SS. Dans la soirée du 28 août, ses hommes quittent leur siège, rue Bradfer, pour se rendre à la prison allemande, à la ville haute. Ils en extraient 5 jeunes gens qu’ils ont déjà interrogés et ils les transfèrent en voiture jusqu’au lieu-dit « La Fédération », à 3 km du centre-ville. C’est là, dans une clairière d’ordinaire accueillante, qu’ils effectuent leur sinistre besogne, à la nuit tombée. Les cinq hommes, cinq jeunes gens, sont abattus d’une balle de la nuque. Ce sont Robert Lhuerre, le plus âgé (23 ans) et le plus engagé dans la Résistance ; Jean Pornot (19 ans), Henri Varinot (18 ans), Gilbert Voitier (17 ans), tous barisiens et Constantin Maskaloff, un soldat soviétique fait prisonnier, évadé d’une mine de fer lorraine où il avait été contraint à travailler.

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29 août : des résistants à l’attaque de la prison française

Dès le lendemain, la nouvelle de ce quintuple crime se répand rapidement dans la ville. Les résistants barisiens craignent que les Allemands encore présents à Bar-le-Duc exécutent les autres prisonniers encore détenus à la prison allemande. Après bien des hésitations, ils décident d’attaquer cette prison, gardée seulement par quelques soldats sur le départ. Le 29 août, en fin d’après-midi, un résistant se fait ouvrir la porte de la prison en prétextant apporter un colis à un prisonnier. Douze autres résistants s’engouffrent derrière lui. En quelques minutes, ils désarment les gardiens et libèrent les 43 détenus. Cette fois, le chef de l’administration allemande réagit sans état d’âme. Il fait annoncer à son de tambour dans toutes les rues que si un seul coup de feu est tiré sur des soldats allemands avant leur départ, il fera brûler la ville. Désormais, les habitants de la cité se tiennent coi. Ils savent que l’arrivée des Américains est imminente. Mais ils ignorent que d’autres soldats allemands ont opéré, ce 29 août, un terrible massacre dans plusieurs villages de la vallée de la Saulx.

30 et 30 août : menace sur le faubourg de Marbot

Les militaires de la Feldkommandantur et de la Felgendarmerie quittent la ville dans la matinée du 30 mais Bar-le-Duc n’est pas libérée pour autant de toute présence allemande. Elle est en effet quadrillée par des troupes combattantes appartenant à la formation qui a mis la vallée de la Saulx à feu et à sang. Ces soldats, bien décidés à faire retraite en bon ordre, commencent à dynamiter les ponts routiers et ferroviaires qui franchissent l’Ornain et le canal de la Marne au Rhin. Ils sont pratiquement les seuls à circuler dans la ville tandis que les Barisiens se cloîtrent chez eux. Le 31, à 8 h 45 du matin, ils donnent 10 minutes aux habitants du quartier de Marbot pour quitter leur demeure et gagner le centre-ville. Ils ne gardent avec eux qu’une partie des hommes de ce quartier, qu’ils maintiennent sous haute surveillance. Quelques-uns d’entre eux, qui avaient cherché à s’enfuir, sont abattus. Les derniers soldats allemands, environ 600 hommes, franchissent le canal et font sauter les ponts encore intacts. Ils comptent ainsi entraver l’avance des troupes américaines et faciliter leur retraite. Ils quittent la ville vers 17 h 30 non sans avoir mis le feu aux communs du château de Marbeaumont.

31 août vers 18 h 30 : l’entrée des Américains dans la ville

Les premières troupes américaines arrivent peu après à Bar-le-Duc, vers 18 h 30, d’abord par la route venant de Fains-les-Sources (l’actuelle avenue de la Libération) et, en bien plus grand nombre, par le chemin − l’ancienne voie romaine – qui va de Fains-les-Sources jusqu’au pied de la Côte Sainte-Catherine. Ce sont des hommes du général Patton, le chef de la IIIe Armée américaine. Tous sont reçus à bras ouverts par une population qui n’avait jamais désespéré mais qui les avait beaucoup attendus. Pendant quelques jours, c’est une liesse sans pareille, sauf pour les personnes accusées d’être des collaborateurs. Cette liesse ne peut faire oublier que la guerre n’est pas terminée en Europe. Jusqu’à la capitulation allemande, le 8 mai 1945, les Barisiens, comme tous les Français devront composer avec cette dure réalité.

Jean-Pierre Harbulot - Mars 2015

 

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