Hans JORGENSEN - 2015

Du 27 juin au 30 aout 2015 - Espace Saint Louis - BAR-LE-DUC

Entrés libre - Ouvert de 14h30 à 18h30 les samedis, dimanches et jours fériés

Fossiles de la mémoire

Les grandes sculptures de Hans Jorgensen sont des œuvres “chargées“. Elles convoquent les puissances archaïques qui travaillentJORGENSEN H 400 04 en silence les énergies de l’univers. Elles s’emparent de l’âme cachée du bois et de l’arbre des origines qui vit, qui respire, et qui agit. L’arbre fin tend ses bras brisés vers les marches de l’infini, et vers les hommes. Hans Jorgensen agence ces forces là, il s’empare à la source de la vitalité de cette matière animée. Et le sculpteur travaille à vif cette chair là, intemporelle, osseuse et fragile.

L’arbre est un morceau d’humanité séchée, durcie, proche du squelette humain, et Jorgensen franchit les interdits qui barrent l’accès au réel ancien et monstrueux de l’animalité humaine. Les barrages cèdent devant ces naissances maudites, emplies des éternelles obsessions du souterrain humain. Hans Jorgensen crée comme s’il ouvrait au scalpel les surfaces secrètes du corps, comme s’il arrachait la peau de toutes les sculptures du monde. Dans le cloaque du lointain intérieur, il porte des coups au cœur du dedans. Son art est magique, intemporel, et lourd d’exorcisme sacral.


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Un chaos convulsif se cristallise en totems sidérants d’impact, ou en figures dédoublées, quasi gemellaires. Surgissent des existants en forme d’esquisses hallucinées, androgynes des origines, à l’indifférenciation hachée. Rudes figures décisives à la nudité crue. Et la fraternité animale est toute proche, convulsive, et violente. Elle saccage, elle aussi, tous les attendus de l’art. Ca transgresse de partout, et les vitales jouissances rodent sans fin dans l’obscurité des fantasmes. Surgissements inactuels d’un macabre festif, jubilatoire et scabreux, dans un somptueux théâtre de la transe et de la cruauté. Dans ce rituel à prodiges, frappant et ténébreux, des marionnettes cassées brutalisent nos certitudes.

Une mystique enfiévrée et médiévale rôde. Elle transforme chaque œuvre en brûlot formel exigeant, saisissant, et envoûté. On dirait la matière-bois brûlée de l’intérieur par un feu sacrificiel. L’art de Jorgensen, éloigné des séductions de la modernité, est rituel d’apparition, contre toutes les disparitions. Il assène, par face à face implacable, la singularité terrifiante du ressenti archaïque. Dans son immédiateté brutale, dans sa physiologie de l’impact visuel, il s’arrache aux pesanteurs esthétiques comme la vie de l’œuvre, fusionnée aux cruautés, s’arrache aux pesanteurs vitales.

Ainsi vit la grande création.

Christian Noorbergen