Christophe BEAUJON - 2015

Passer sur l’autre rive...

Du 7 novembre au 13 décembre 2015 - Espace Saint Louis - BAR-LE-DUCBEAUJONChristophe R 4003

Entrés libre - Ouvert de 14h30 à 18h30 les samedis, dimanches et jours fériés

Christophe Beaujon, nous invite, loin du bruit du monde, à faire un voyage intérieur. L’attention qu’il porte aux objets simples et à l’impermanence des choses inscrit son travail en référence au wabi-cha, l’esthétique rustique et austère des maîtres de thé du japon ancien.

Ce voyage intérieur l’artiste le fait d’abord lui-même au moment de la création lorsqu’il accepte ou refuse les virtualités de la terre, des oxydes et du feu, lorsqu’il s’ouvre, par la chance du hasard et de l’accident, aux révélations de la nature.

Les œuvres par leur refus de toute ostentation invitent au recueillement. Elles s’apprécient dans une intime relation qui au regard associe parfois le toucher. Voir un bol par exemple, c’est le prendre avec les deux mains, le tourner, en déterminer la belle face, c’est considérer l’épaisseur de la couverte, le crémeux des glaçures, la profondeur et la nuance de la couleur, les translucidités, c’est en saisir la brillance ou au contraire la rugosité, c’est s’attacher aux coulures, bulles d’air, craquelures… Voir une pièce aussi humble qu’un bol, c’est donc entrer dans un univers fait de variations subtiles et infinies. Il en est de même avec les vases ou les sculptures où l’artiste s’émancipe de la tradition pour atteindre une plus grande liberté de forme. Faisant jouer l’opposition du plein et du vide, il dévoile sa fascination pour la nature créatrice au point d’envisager son art comme une émanation de la nature elle-même.

 

C’est une sorte d’inachevé que l’œuvre porte à la perfection dans les multiples accidents qui la constellent et auxquels l’œil s’attache. « Seul ce qui est inachevé retient l’attention » écrit Kakuzô Okakura dans Le livre du thé, texte majeur du wabi-cha. Prolongeant par l’imagination ce qui échappe à la vision, nous sommes invités à percevoir la beauté des choses dans l’inachevé et l’imparfait. Les œuvres de Christophe Beaujon se lisent comme des haïkus. Et ce travail de l’imagination qui nous élève à l’harmonie et au détachement nous fait, selon le zen, passer sur l’autre rive.

Philippe LERAT, Université de Lorraine.