Estelle LAGARDE  - 2012

photographe

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Les Petites Comédies - 3 séries photographiques

Estelle LAGARDE se consacre depuis plusieurs années à la photographie argentique.

Les photographies d’Estelle LAGARDE

nous situent dans un espace intemporel, un point de fuite entre présent, passé et futur : un temps aoriste au sens grec, indéterminé et indéfini. La photographie est par essence même liée au temps au « ça a été ». Photographier c’est laisser une trace, immortaliser un moment, une présence, une histoire, une personne qui est chère. Photographier, c’est porter un témoignage à l’éternel et comme le dit Barthes : « une présence immédiate au Monde ». Les photographies d’Estelle Lagarde renversent cette conception. Grâce au mouvement et à la captation des fluides, ce n’est plus la présence figée du temps qu’elle saisit mais mais le hors-temps, l’indéterminé, c'est-à-dire la présence continuelle du mouvement et de l’incertitude des heures. Son univers photographique se caractérise par les non-lieux ou plutôt les lieux qui ont une vie et se sont transformés, décrépis, mais où la mémoire les transperce et les traverse encore, laissant une atmosphère, une empreinte fluidique indélébile que la photographie arrive à capter grâce à sa sensibilité des espaces, des architectures et à de long temps de pose.

Dans les photographies d’Estelle Lagarde,

les sujets photographiés apparaissent tels des êtres fantomatiques, insaisissables. Comme les lieux, les personnages, souvent la photographe elle-même, se mettant en scène, témoins d’une époque, d’une architecture, fantômes ou spectre que la photographe arrive à percevoir dans les fatras de la déconstruction des murs. La silhouette ondulante des sujets nous montre que ceux-ci ont été et sont le témoignage d’une époque que l’on pourrait croire révolue. Ces univers de déconstruction, ces hors-champs sont marqués par une mystérieuse présence occulte.

Dans la série « Contes sauvages »,

des visages masqués, emplumés, munis de longs becs phalliques d’oiseaux ou de masques à têtes d’animaux font apparaître les sujets photographiés comme dans une farce, une parodie de l’existence. Tels des fantômes, esprits déguisés, ils apparaissent dans les vastes salles d’un château dont les portes et les fenêtres ont été fermées, et où seuls les murs et les fragments d’une coupole, vestiges d’une décoration ancienne, restent le témoin d’un temps et d’une époque.

Dans la série « Dame des Songes »,

les habitations sont également délabrées et condamnées à une démolition prochaine. Mais cette fois, la figure féminine n’est pas une ombre, fuyante, capturée, le temps d’un éclair, sur la pellicule. Elle est créature de rêve, élégante, immobile et onirique. Tenues sophistiquées des grands soirs, étoles vaporeuses, soieries, attitudes parfois altières…L’effet de transparence évoque l’apparition fantomatique de celle sui fut autrefois la maîtresse des lieux, une réminiscence d’un passé glorieux, du temps où ces intérieurs avaient encore du lustre et du faste. Souvenirs évanescents, parfum fugace….

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