HAMEY Didier - 2007

Peut-on sculpter l’invisible ? Impossible, dira-t-on. Seul un poète qui invente une nouvelle forme de sculpture peut, discrètement, relever ce défi. L’invisible réseau qui innerve secrètement les choses, c’est ce que Didier Hamey tente de capter, dans ses sculptures comme dans ses gravures. Il dit qu’il « grave des choses pas graves ». Cette modestie fait sa grâce. Subtil, aérien, il n’imite personne, tâtonne dans un espace singulier, comme s’il y cherchait à frôler ce qui lui échappe : non seulement l’invisible, mais l’insaisissable.

Cela se fait par élans, poussées, doigté, contrôles successifs de l’incontrôlable. Cela se fait par ramifications, comme tous les arbustes le font à partir de leurs racines. Un processus naturel, de type végétal, mais qui relève aussi des autres règnes. Les sculptures de Didier Hamey font penser, de loin, à des « bonzaïs ». Ses gravures, à des traces, assez énigmatiques, de choses plus ou moins inconnues. Un travail simultané de la main et de la pensée. Ainsi s’approche-t-il, millimètre par millimètre, d’une autre sorte de beauté. La beauté, rare en tout cas, de la délicatesse.

Par contre, je peux me permettre d’écrire ici que le travail qu’il accomplit n’est rendu possible que par le silence où il se maintient. Il s’agit d’une stratégie, où il y a de la ruse, dans un exil volontaire, à l’envers des clameurs et des grandes proclamations.

Travail à la loupe, où le microcosmique reflète le macrocosmique. Travail de chercheur, aussi humble qu’attentif et vigilant. Travail de poète à l’affût de tous les possibles. Travail de sape, accompli sous cape. Travail de sage, surtout, enfoui dans la folie générale.

Le cabinet de curiosités de Didier Hamey sera dispersé un jour ou l’autre, c’est fatal. Il faudrait déjà penser à en faire le catalogue, dans un livre que l’on pourrait intituler : Quelques petits Secrets du Monde. Mais, avant de nous y mettre, laissons-lui, un doigt sur les lèvres, le temps d’accumuler d’autres trésors.

Alain Jouffroy, mars 2004